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Lettre de liaison N° 271 - 20 septembre 2017       [Version pdf]

Le gouvernement veut  soumettre le recrutement des enseignants aux chefs d’établissement

La direction du Snes doit dénoncer ce projet, déclarer qu’il s’agit d’un casus belli

Elle doit annoncer  qu’elle ne participera à aucune discussion  sur ce projet

Elle doit œuvrer au front uni des syndicats sur cette  position.

L’objectif central  du gouvernement Macron Philippe : détruire le statut des enseignants.

Le 24 août dans le numéro de l’hebdomadaire le Nouvel Observateur, qui faisait la une cette semaine-là sous le titre « École : le grand ménage », Blanquer interrogé annonce quelques-uns des axes de sa politique : « Mon objectif est simple : des établissements avec des équipes unies, partageant un projet éducatif fort. Dans ce cadre, oui, il est logique que le chef d’établissement ait un rôle à jouer en matière de recrutement. Cela se pratique d’ailleurs dans les lycées français à l’étranger et participe à leur rayonnement. Les professeurs auraient tout à gagner à ces évolutions ».  (Le recrutement dans les lycées français à l’étranger permet de recourir à des formes de recrutement local, afin de ne pas payer les salaires d’expatriés français). Comment entend-il articuler cela ? Blanquer l’a écrit dans son livre, L’école de demain, publié en 2016. Il y parle des concours de recrutement comme d’une habilitation à enseigner, le recrutement effectif relevant du chef d’établissement, à la manière de la fonction publique territoriale ou par la multiplication des postes à profil comme c’est le cas de l’enseignement privé.

C’est à la fois une remise en cause du concours national ouvrant droit à un poste, la fin des mutations nationales au barème, avec des commissions paritaires permettant aux enseignants de faire défendre leur droit par leurs représentants syndicaux. Le recrutement local, c’est mettre les enseignants dans une position de soumission vis-à-vis de leur chef d’établissement. Pour les enseignants comme corps, c’est une véritable déclaration de guerre !

Liquidation du bac comme premier diplôme universitaire,  sélection à l'université

Le projet du gouvernement s'agissant des affectations des profs s'inscrit dans une rafale de contre réformes à tous les niveaux  de l'enseignement. Il entend faire voler en éclat tout statut, tout diplôme, tout ce qui donne un caractère de cadre national, et permet, tant aux élèves, qu’aux enseignants de se défendre à l’échelle du pays. Le gouvernement a lancé une consultation sur le bac, dont l’objectif est d’introduire massivement le contrôle en cours de formation, ce qui est la négation du caractère national du diplôme, et partant de l’enseignement, c’est la concurrence entre les établissements qui est visée. Il entend aussi introduire des « prérequis » comme condition d’inscription dans les filières et licences universitaires. Il s’agit de la remise en cause du bac comme premier grade universitaire. Dans les collèges, il a approfondi le contenu de la précédente réforme en laissant au choix local, la réintroduction des enseignements bilangues ou de langue ancienne, sur l’enveloppe horaire de la réforme.

Dans le cadre d'une guerre déclarée aux fonctionnaires,  de suppressions massives de poste, de baisse brutale des salaires

Le projet  visant à soumettre l'affectation des enseignants à la décision des chefs d'établissements s'inscrit  dans une offensive d'une rare brutalité contre la Fonction publique.  Pour les fonctionnaires, l’heure est à la reprise de la baisse des salaires, gel du point d’indice, journée de carence rétablie, suspension des dispositions de « revalorisation » contenues dans l’accord PPCR, maintien du reste, comme cela était prévisible, augmentation de la CSG, ouverture de discussion pour supprimer 120 000 postes dans la fonction publique, suppression de dizaines de milliers de contrats aidés. Le gouvernement Macron-Philippe défend les intérêts exclusifs du patronat.

Pour mener son offensive, le gouvernement entend utiliser la même méthode que celle qu'il a utilisé pour démanteler le code du travail : celle du "dialogue social"

Pourtant quelle méthode Blanquer entend-il utiliser pour avancer sur son projet ? La même que celle que le gouvernement a utilisé pour avancer sur les ordonnances : le dialogue social. On sait que la publication des ordonnances a été précédée de trois mois de concertation (48 réunions!). Au bout des trois mois, le contenu des ordonnances s'est révélé strictement équivalent à celui prévu au départ : à savoir une remise brutale de toutes les garanties collectives contenues dans le code du travail. Dans l'enseignement, le gouvernement s'apprête à faire de même : « Nous allons en discuter sereinement », confie-t-il au Nouvel Observateur, et plus loin : « Je pense surtout que le dialogue social permettra de faire émerger les solutions les plus pertinentes. »

Quelle position officielle ont pris les syndicats, devant une annonce aussi tonitruante ? La direction du Snes, le 17 septembre n’avait toujours pas réagi à ces propos, ni dans son bulletin, ni sur son site. La direction de la Fnec-Fo a publié un communiqué le 31 août, mais qui ne dégage aucune perspective, en particulier en ce qui concerne le fait que le gouvernement entend en « discuter sereinement », et que le dialogue social est chargé de « faire émerger les solutions les plus pertinentes ».

Le courant Front Unique a commencé à combattre pour qu’il en soit autrement. Dans la CA académique du Snes de Clermont Ferrand il a présenté la motion suivante :

La CA académique du Snes considère que les propos du ministre de l’Education Nationale Blanquer, tenus dans un numéro du Nouvel Obs intitulé : « Ecole, le grand ménage »,  sont une déclaration de guerre faite aux enseignants de l’Enseignement public :

« Mon objectif est simple : des établissements avec des équipes unies, partageant un projet éducatif fort. Dans ce cadre, oui, il est logique que le chef d’établissement ait un rôle à jouer en matière de recrutement. Cela se pratique d’ailleurs dans les lycées français à l’étranger et participe à leur rayonnement. Les professeurs auraient tout à gagner à ces évolutions ».

C’est la liquidation pure et simple du concours donnant droit à un poste.

C’est le renforcement de l’autonomie des établissements en accordant tout pouvoir aux chefs d’établissements en matière de recrutement.

C’est la liquidation de toutes règles de mutation.

C’est aussi une attaque majeure contre l’organisation syndicale.

En conséquence, la CA académique du Snes se prononce pour la défense inconditionnelle du statut des enseignants et indique clairement qu’elle rejette les annonces du ministre.

Elle s’adresse à la direction nationale du Snes pour qu’elle reprenne la même position.

Pour parvenir à ses fins, Blanquer entend utiliser l’arme du dialogue social si efficace à la mise en place des contre réformes. Il annonce l’ouverture de discussions avec les organisations syndicales : « Je pense surtout que le dialogue social permettra de faire émerger les solutions les plus pertinentes ».

La CA académique du Snes se prononce contre toute participation des discussions dans ce cadre.

 Elle s’adresse à la direction nationale du Snes pour qu’elle reprenne la même position.

Pour 3, abstention 4, contre 14.

Le courant Front Unique a permis que la discussion ait lieu, et a comme le montre le vote a eu un écho au-delà de sa propre représentation. Cette question est donc bien la question centrale. La direction du Snes ne pourra rester indéfiniment dans le silence sur ce projet. Les enseignants lorsqu’ils auront massivement connaissance des projets du gouvernement ne peuvent les accepter. Il faut donc continuer à se regrouper pour s’adresser aux directions syndicales, tout particulièrement celle du Snes, pour qu’elles reprennent dans l’unité les revendications des enseignants, et rompent le « dialogue social » anesthésiant que celui-ci met en place, afin de préparer et organiser le combat nécessaire, pour obtenir qu’il doive retirer ses projets.

C’est ce qu’entendent faire les militants pour le front unique dans l’enseignement public.


Compte Rendu Front Unique  CA du SNCS-FSU – 8 septembre  2017

Cette Commission Administrative s’est tenue alors que les ordonnances venaient d’être publiées. Elles sont une étape décisive de l’offensive tout azimut que mène le gouvernement Macron-Philippe contre les travailleurs et la jeunesse : liquidation du statut des fonctionnaires, coupes budgétaires massives, instauration de la sélection à l’université, suppression des APL, poursuite de la marche à l’état policier, démembrement de la Sécurité sociale, liquidation du statut des cheminots et privatisation de la SNCF, etc.

Front unique a présenté une motion pour le retrait des ordonnances, sur la ligne du Front Unique CGT-FO-FSU-UNEF pour défaire ce gouvernement ce qui implique la rupture de toute collaboration avec lui et d’appeler à une puissante manifestation au siège du pouvoir pour exiger le retrait des ordonnances !

La direction du SNCS a appelé à voter contre cette motion. Elle affichait ainsi sa solidarité avec Mailly et Martinez qui, tout l’été se sont pliés au désidérata de Macron et ont joué le jeu du dialogue social, dont ils savaient le but dès le départ : Un communiqué de la CGT du 13 juin ne déclarait-il pas  « 6 réunions [il y en eu beaucoup plus !] 6 heures pour démanteler 120 ans de droit du travail conquis par les luttes sociales » ?

Le courant URIS a présenté une motion exigeant le retrait des ordonnances, motion que Front Unique a soutenue, et qui a été largement adoptée par la CA. Cette position, en rupture avec la position des dirigeants de FO, de la CGT, de la FSU, retranscrit la volonté de plus en plus manifeste de travailleurs de faire faire front au gouvernement Macron-Philippe, de résister à ses attaques qui tombent en rafale. Mais pour y parvenir, peut-on se contenter d’une simple prise de position de notre petit syndicat ? Evidemment non ! C’est pourquoi la motion FU demandait que la FSU reprenne cette position et posait la nécessité du front unique  pour affronter le gouvernement.  Il est donc regrettable qu’URIS se soit abstenu.

Le représentant de l’Ecole Emancipée s’est quant à lui ouvertement opposé à toute manifestation à l’Assemblée Nationale parce qu’on se retrouverait …  face à la police [et pour cause !] et qu’il en avait marre de ces journées d’action qui ne menaient à rien (22 contre la loi El Khomri !). C’est alors qu’il a demandé à la CA de soutenir la manifestation des retraités du 21 septembre contre la hausse de la CSG, et celle du 28 dont on ne connait pas encore les objectifs ! Comprenne qui pourra ! En réalité, il se fait  le défenseur des appareils syndicaux qui orchestrent ces kyrielles d’actions disloquées – dont il sait lui-même que cela ne mène à rien, sinon au découragement- ; en toute conscience il s’oppose au combat central pour faire plier le gouvernement et lui faire retirer ses ordonnances !

Motion contre les ordonnances

Le projet d’ordonnance sur le droit du travail c’est la loi El Kohmri à la puissance 10.  

Comme elle s’était prononcée pour le retrait du projet de cette loi il y a un an, la CA du SNCS-FSU se prononce pour le retrait du projet d’ordonnances de réforme du Code du travail.

Elle s’adresse à la direction de la FSU  pour qu’elle adopte cette même position.

Aucune participation aux multiples "instances " auxquelles les ordonnances seront soumises : Aucune participation à la rédaction des décrets d’application

La responsabilité des directions de FO, de la CGT, de la FSU et de l’UNEF est d’appeler dans l’unité  à une puissante manifestation au siège du pouvoir sur le seul mot d’ordre : à bas les ordonnances !

La CA du SNCS s’adresse à la direction de la FSU pour qu’elle prenne toute initiative dans ce sens

Pour : 2, Contre : 11, Abs 4 (dt 2 URIS) NPPV : 0

Contre l’augmentation de la CSG, pour la défense de la sécurité sociale

La sécurité sociale est aussi dans la ligne de mire du gouvernement Macron-Philippe. Pour cela il entend bien, comme pour les ordonnances s’appuyer sur le dialogue social. Dès fin septembre, il a mis au menu du « rendez-vous salarial » dans la fonction publique l’augmentation de la CSG et ses « compensations » pour les fonctionnaires.  En réalité l’objectif de Macron est de basculer toutes les cotisations salariales et patronales vers la CSG. Rien de tel ne devrait être négociable  pour une organisation syndicale. Le simple fait de participer à ce « rendez-vous »,  c’est se faire complice de cette attaque qui vise à anéantir la Sécurité Sociale. C’est pourquoi front unique a soumis une motion demandant à la FSU de le  boycotter. Le résultat du vote de cette motion montre qu’elle a eu un écho bien au-delà de l’audience habituelle de notre courant. Notons qu’un militant d’URIS s’est abstenu en expliquant que la motion ne faisait pas correctement le lien avec la sécurité sociale. Soit. Par contre, il a voté l’appel intersyndical des retraités à manifester le 21 qui ne dit pas un mot du lien entre la hausse de la CSG et le plan de destruction de la sécurité sociale !

Motion

Le gouvernement a décidé d’augmenter la CSG et de supprimer toutes les cotisations de Sécurité Sociale,  d’ici la fin de l'année 2018. Derrière les pertes de salaires nets perçus se profile une attaque fondamentale contre la sécurité sociale en dynamitant un des piliers de son financement basé sur le salaire différé de travailleurs. L’objectif avoué du gouvernement est de faire  que la CSG ne soit plus un impôt « dédié » et  que soient fusionnés le budget de l’état et de la Sécurité Sociale.

C’est une régression sociale d’une ampleur considérable qui se prépare, la liquidation d’une conquête sociale vitale pour les travailleurs. La CA du SNCS-FSU déclare :

      - Bas les pattes devant la sécurité sociale !

      - Non à l’augmentation de la CSG

      - Maintien des cotisations salariales et patronales

     -  Aucune  exonération sur les cotisations patronales, les patrons et l’Etat doivent payer leur dû     aux travailleurs !

La CA du SNCS s’adresse à la direction de la FSU pour qu’elle prenne la même position et qu’elle dénonce cette supercherie qui consiste à faire croire qu’il ne s’agit que d’une question de salaire perçu.

L’augmentation de la CGS et « ses compensation » sont au menu du "rendez-vous salarial", accepter d’y participer et de discuter « compensation » c’est se faire complice de la liquidation de la sécurité sociale. Ce « rendez-vous salarial », est de plus  cadré par la décision actée du gel du point d’indice, et de l’annonce de sa pulvérisation (points d’indice différents d’une fonction publique à une autre), du rétablissement de la journée de carence. Cela n’a rien à voir avec une négociation salariale.

C’est pourquoi la CA du SNCS –FSU demande à la FSU de boycotter ce « rendez-vous » et de s’adresser aux autres fédérations syndicales de la fonction publique, CGT et CGT-FO, pour qu’elles fassent de même et engagent dans l’unité le combat contre les attaques mortifères du gouvernement Macron-Philippe pour la défense de la sécurité sociale.

Pour : 5 (dont 1 URIS et un ancien secr. Gle du SNCS),  Contre : 9, Abs 2, NPPV : 1 (1URIS)

L’ampleur des attaques qui se profilent après ces ordonnances démontre que c’est le combat de l’heure. Le gouvernement Macron, gouvernement du capital financier a pour objectif de réduire à néant toutes les conquêtes sociales gagnées par des décennies de luttes de la classe ouvrière pour résister à l’exploitation.

Pour le faire plier, il faut s’organiser pour imposer aux dirigeants de la FSU, de la CGT, de FO, de l’UNEF :

-           Rupture de la collaboration avec le gouvernement !«  A bas les ordonnances » !

-           Font Unique pour se préparer à affronter le gouvernement

C’est l’orientation de Front Unique


Compte rendu de la CAN du SNASUB du 4 juillet par les élus Front Unique

Cette Commission administrative nationale se tenait au coeur d’une période riche en annonces gouvernementales : la veille, Macron, jouait les apprentis Bonaparte à Versailles, et le jour même Philippe faisait son discours de politique générale. A ces occasions, Président et 1er ministre ont confirmé et précisé le contenu d’une offensive tous azimuts contre les acquis des travailleurs, contre les conditions d’existence de tous « ceux qui ne sont rien » aux yeux d’un Macron ne perdant jamais une occasion d’afficher ouvertement un mépris de classe.

Salariés du public comme du privé, jeunes, retraités, nul ne sera épargné par la déferlante d’attaques en préparation au centre desquelles se trouve une nouvelle loi travail puissance 10 que le gouvernement entend faire adopter à marche forcée et accélérée par le recours aux ordonnances. Si cette loi El Khomri XXL devait passer, cela constituerait un point d’appui pour poursuivre et amplifier l’offensive contre le statut des fonctionnaires, et atomiser leurs garanties statutaires, un cran au-dessus des attaques et menaces contenues dans l'accord PPCR noué sous Hollande.

Dans l’immédiat, instrumentalisant l’audit des comptes publics remis par la Cour des comptes, le gouvernement Macron-Philippe-Darmanin a clairement affiché sa volonté de faire payer aux fonctionnaires l’augmentation des déficits et de la dette, dont ces derniers ne sont pourtant en rien responsables puisque cette augmentation est le produit des cadeaux faits au patronat et du financement des multiples interventions de l’impérialisme français. C’est à cet objectif que répondent les mesures suivantes : suppression au minimum de 120 000 postes de fonctionnaires, blocage du point d’indice, privatisation de services publics, rétablissement du jour de carence.

Combiné à la hausse de la CSG, le blocage du point d’indice va porter un coup violent au pouvoir d’achat des fonctionnaires et réduire à néant le bénéfice des minces revalorisations indemnitaires concédées par le précédent gouvernement dans le cadre de PPCR. Darmanin a même évoqué lors du Conseil Commun de la Fonction publique du 10 juillet dernier la possibilité de revenir sur ces minces revalorisations. Tous ceux qui au sein de la FSU et du SNASUB nous ont vendu la signature de PPCR au nom des gains financiers pour les collègues en sont pour leurs frais : les cacahuètes vont disparaître, ne restera plus désormais que le coeur de PPCR, à savoir le détricotage des garanties statutaires dont le gouvernement actuel va se servir pour organiser la mobilité forcée des agents, découlant des suppressions de postes, des restructurations et des privatisations. Si la remise en question des mesures salariales prévues par PPCR devait se confirmer, elle remettrait à l’ordre du jour le retrait de la signature de la FSU de PPCR et le combat pour le rétablissement des garanties statutaires supprimées par cet accord.

Le véritable feu roulant d’attaques engagées et annoncées par le gouvernement Macron-Philippe-Darmanin ne laisse planer aucun doute sur la nature de ce gouvernement : il est l’ennemi des travailleurs. Derrière l’expression « En marche » dont Macron a fait son mantra, il faut comprendre la volonté acharnée de marcher sur nos acquis pour satisfaire les exigences du capital financier. Nulle part, dans les déclarations des dirigeants de la FSU et du SNASUB, vous ne trouverez une caractérisation politique du gouvernement actuel. Il ne s’agit pas là d’un oubli, c’est volontaire. Caractériser le gouvernement comme celui du CAC 40 et de la marche à l’Etat policier aboutirait à des conclusions antagoniques à l’orientation d’accompagnement de sa politique défendue par les dirigeants syndicaux : en premier lieu, le refus de toute discussion avec un tel gouvernement sur le terrain de ses contre-réformes.

En effet qu’y a-t-il sur la table des 48 réunions de concertations prévues durant tout l’été ? Les revendications des travailleurs (fin des licenciements, augmentation des salaires…) ? Non, le cadre de ces « concertations » c’est le programme du patronat pour détruire les freins à l’exploitation à des travailleurs, comme l’a ouvertement déclaré Richard Ferrand, chef du groupe LREM à l’Assemblée Nationale lors des débats parlementaires : « Il s’agit de libérer les entreprises pour les soustraire des contraintes qui pénalisent leur activité (…) Nous devons construire de nouvelles solidarités collectives, ainsi que de nouvelles sécurités individuelles qui soient attachées au parcours et non aux statuts».

Forte de la participation des dirigeants de FO et de la CGT aux concertations, Pénicaut s’est déclarée extrêmement confiante quant aux chances du gouvernement de parvenir à ses fins : « la concertation est intense, les huit organisations syndicales font des propositions, nous tentons de trouver ensemble les solutions les plus intelligentes. Et comme l’issue n’est pas déjà écrite, les discussions vont se poursuivre tout l’été. La CGT a annoncé une manifestation le 12 septembre ? Mais elle est aussi à toutes les tables de discussion »

Ainsi la ministre Pénicaud peut se montrer sereine quant à la journée d’action du 12 septembre car elle sait pertinemment que l’épais matelas de concertations qui va border cette journée d’action lui assure un important filet de protection.

Pourtant, la majorité de la CAN a défendu une motion d’actualité qui, prétendant vouloir « réunir les meilleurs conditions de mobilisation » s’inscrit dans la journée d’action de la CGT du 12 septembre. Mais une question se pose, celle des objectifs poursuivis : s’agit-il d’affronter le gouvernement pour arracher le retrait du projet de réforme liquidant le code du travail ou bien s’agit-il au contraire d’une journée d’action isolée dans un océan de concertations avec le gouvernement ? Le communiqué de la CGT annonçant le 12 souscrit pleinement à la seconde option :

« La CGT refuse de servir d’alibi ou de faire-valoir dans le cadre d’un dialogue social pipé d’avance. Nous refusons d’ores et déjà d’entendre dire fin septembre que les ordonnances, présentées par le gouvernement, auraient été co-élaborées avec les syndicats. (…) C’est pourquoi elle propose de faire du 12 septembre, une journée d’action et de grève dans toutes les entreprises et services. » (déclaration de la Commission exécutive confédérale, 27 juin 2017).

Loin de pouvoir constituer un point d’appui pour engager le combat contre le gouvernement, le 12 septembre est une opération visant à couvrir la participation des représentants de la CGT à la comédie des concertations. De manière significative, le mot d’ordre de retrait du projet de "réforme" du code du travail, qui pourrait cristalliser l’affrontement avec le gouvernement ne figure pas dans l’appel au 12 septembre.

Dans la Fonction publique, la méthode est la même que celle utilisée pour casser le code du travail : le ministre Darmanin entend en effet associer les syndicats aux attaques engagées contre les fonctionnaires au nom du remboursement rubis sur l’ongle de la dette : d’où la convocation d’ « Etats généraux des comptes publics de la nation », de réunions sur les missions de l’action publique et d’un « rendez-vous salarial » à l’automne. Qui peut croire une seule seconde que dans les discussions à venir, toutes cadrées par les suppressions de postes, les privatisations de services publics et le blocage du point d’indice, il soit possible de défendre la moindre revendication ? C’est pourtant ce que tente de faire croire la direction de la FSU en se déclarant disponibles pour des concertations étroites avec le gouvernement : « Les nécessaires réformes, pour lesquelles nous sommes disponibles et pour lesquelles nous militons, ne peuvent en rien être synonymes de reculs, voire de démantèlement. En conclusion, la démocratie sociale implique le respect des organisations syndicales représentatives, le respect de la négociation et des règles du dialogue social, antinomiques de décisions prises à la hâte et de passages de force. Ce sont ces exigences que nous portons et continuerons de porter ensemble » (Communiqué commun des fédérations de fonctionnaires en date du 06 juillet 2017). Sous Macron, comme sous Hollande, une telle orientation d’accompagnement de la politique gouvernementale ne sert qu’à paver la voie aux contre-réformes.

Le courant Front Unique considère que la responsabilité des dirigeants syndicaux est de refuser de participer aux discussions initiées par le gouvernement Macron-Philippe. Car l’objectif poursuivi par le gouvernement à travers ces discussions n’est pas l’ouverture de négociations sur nos revendications, c’est la mise en place d’une concertation à même de faire avancer ses contre-réformes, à commencer par celle engagée pour liquider le code du travail. Dans ces conditions, une première condition s’impose pour défendre les acquis des travailleurs, que les directions syndicales cessent de se concerter avec le gouvernement à propos des modalités par lesquelles il entend passer ces acquis à la moulinette. C’est le sens de la motion présentée par Front Unique.

Tel est le sens de la motion (ci-dessous) que nous avons défendue lors de la CAN du 4 juillet.

Pour que cette orientation de rupture avec le gouvernement puisse continuer à être défendue au sein du SNASUB, nous vous invitons d’ores et déjà à prendre contact avec vos élus courant Front Unique afin de permettre la constitution d'une liste en vue du prochain congrès du SNASUB prévu en 2018.

Patrice Aurand, Benoit Linqué, Eric Panthou

 

Motion Front Unique

La CAN du SNASUB réunie le 04 juillet 2017 a pris connaissance de la motion adoptée à l'unanimité par le conseil syndical du SNUIpp-FSU-13, le 28 juin. Elle affirme son accord avec l'orientation défendue par cette motion, en particulier sa conclusion :

« Le SNUipp-FSU13 estime que la défense des revendications, du code du travail, du statut, de la Sécu, implique d’affronter ce gouvernement et de dénoncer l’imposture des « concertations » avec celui-ci. Informer largement sur la réalité de cette offensive est nécessaire.

Le conseil syndical considère qu’il est de la responsabilité du SNUipp-FSU et de la FSU de se prononcer clairement contre ce programme d'attaques du gouvernement, de déclarer qu’il ne saurait constituer une base de discussion, d'exiger le retrait de ces mesures à commencer par le projet de réforme du code du travail.

Tout doit être mis en oeuvre pour que se réalise l'unité syndicale (CGT, FSU, FO, Solidaires…), dès aujourd'hui et sur ces bases, ouvrant la voie à la mobilisation la plus large. »

En cohérence avec cette orientation de rupture avec le gouvernement Macron-Philippe-Darmanin, la CAN du SNASUB refuse que ses représentants participent à la mise en oeuvre des mesures par lesquelles ce gouvernement entend faire payer aux fonctionnaires les coupes budgétaires destinées à rembourser une dette dont ils ne doivent pas un sou : blocage du point d'indice, 120 000 suppressions de postes, remise en cause des garanties statutaires.

La CAN du SNASUB s'adresse à la direction de la FSU pour qu'elle adopte cette même position, et que dès maintenant, elle décide de boycotter les « Etats généraux des comptes de la nation », convoqués le 06 juillet par Darmanin dans l'objectif d'associer les syndicats aux coupes budgétaires et contre-réformes qui en découleront : « Le redressement de nos comptes publics … est une cause nationale : nous y parviendrons ensemble car l'effort devra être collectif. C'est pourquoi le ministre de l'Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin réunira à Bercy le 06 juillet l'ensemble des parties prenantes dont la mobilisation aux côtés du gouvernement est essentielle au sérieux budgétaire : les parlementaires…. Les partenaires sociaux … .Les Etats généraux des comptes de la nation permettront de présenter la vérité sur la situation des comptes publics car elle est la première étape pour pouvoir mener des réformes courageuses. » En s'adressant sur cette base, aux autres fédérations de fonctionnaires, la FSU contribuerait à réunir les conditions pour que s'engage un combat unitaire contre gouvernement et sa politique de casse de la Fonction publique

Vote : 5 pour, 15 contre, 5 abstentions


 

Intervention Front Unique au BDFN de la FSU du 26 juin 2017

Bernadette Groison (secrétaire Générale de la FSU, ndlr) vient de nous dépeindre la situation politique issue des dernières élections sous un jour particulier, puisqu’il s’agirait de se féliciter des résultats limités du FN. Je ne partagerai pas son enthousiasme: le premier bilan que l’on peut et doit tirer des élections législatives, c’est celui d’une défaite électorale majeure, une nette aggravation de la défaite constituée par le résultat du premier tour des élections présidentielles.

Les listes et partis représentant la bourgeoisie française – LREM, LR, MODEM, UDI, divers droite et FN -  qui ont tous en commun la volonté acharnée de faire payer la crise aux travailleurs, cumulent plus de 76% des suffrages exprimés. Ils disposent d’une majorité écrasante à l’Assemblée Nationale et entendent bien, pour la grande majorité d’entre eux, appuyer le gouvernement Macron-Philippe qu’on ne peut qualifier autrement que comme le gouvernement du CAC 40 et de la marche à l’Etat policier.

Les partis issus du mouvement ouvrier, PS et PCF, cumulent à peine 10% des exprimés.

Ce qui explique cette défaite aggravée, c’est précisément le fait que, sous prétexte de “faire barrage au FN”, ces partis, mais aussi la totalité des dirigeants des organisations syndicales, dont la FSU, ont en réalité apporté leur soutien à Macron. Ils ont en quelque sorte annoncé par avance qu’ils ne sauraient être considérés comme une opposition face à Macron et à sa politique. Voilà les racines de l’abstention massive dans les quartiers populaires: par millions, travailleurs et jeunes ont été exclus de ces élections.

Macron, de son côté, a immédiatement pris appui sur le “front républicain” pour engager une offensive d’une extrême brutalité contre les travailleurs et la jeunesse, de la destruction du droit du travail et des protections associées pour les travailleurs jusqu’au droit aux études supérieures pour les bacheliers. Il faut le dire: les conséquences de ce “front républicain” perdurent aujourd’hui, à travers la participation zélée des dirigeants syndicaux au “dialogue social” sur tous ces projets ultra-réactionnaires.

Au coeur de cette offensive, il y a les projets d’ordonnances prévus pour décupler les conséquences de la loi El Khomri. Rappelons-le: les dirigeants de la CGT, de FO, de la FSU se sont prononcées un temps pour le retrait de ce qui était le projet de loi El Khomri. Pourtant, la “loi El Khomri puissance 10” qui a été promise en ces termes par Macron ne soulève pas aujourd’hui les mêmes réactions, loin s’en faut: tous s’inscrivent dans le cadre des “concertations” programmées pour permettre à Macron d’agir dès septembre!

Qu’on m’explique pourtant ce qui est “négociable” du point de vue d’une organisation syndicale: est-ce le “contrat de projet” incluant dès sa signature tous les motifs de licenciement que le patron pourra invoquer, autrement dit la négation du CDI? Est-ce la possibilité d’accroître les possibilités de recours au travail précaire? Est-ce le plafonnement a minima des indemnités de licenciement? Est-ce la possibilité de faire primer l’accord d’entreprise même minoritaire sur l’accord de branche?

Rien de tout cela ne devrait être négociable pour une organisation syndicale! Le simple fait de participer aux concertations, c’est déjà donner à Macron un soutien essentiel dans son offensive au pas de charge!

La même situation existe dans l’enseignement public. Le nouveau ministre Blanquer vient de présenter deux projets de décrets au Conseil Supérieur de l’Education: sous couvert de “revenir” sur la “réforme” dite des “rythmes scolaires” et sur la “réforme” des collèges, ces projets en confirment le coeur et en aggravent même sensiblement les conséquences désastreuses.

Dans le premier degré, sous couvert de “débat” sur la semaine de 4 jours ou 4,5 jours, en réalité l’organisation de la semaine d’enseignement est totalement placée sous la coupe des maires, communes par commune. Cela conduit à la pulvérisation de tous les cadrages nationaux, des obligations de service des enseignants, des horaires nationaux pour les enfants. Comment expliquer que la direction du SNUipp soit allée jusqu’à voter pour ce texte?

Au collège, sous couvert d’assouplir les contraintes en matières d’”enseignements pédagogiques interdisciplinaires”, en réalité l’autonomie des établissements sous la tutelle des chefs d’établissements sortirait encore renforcée de la publication du décret Blanquer. Dès cette année, en l’absence de position claire du SNES au niveau national, dans de très nombreux établissements, la question de la répartition des maigrelettes “heures de marge” réparties au gré du chef d’établissement ont conduit les équipes disciplinaires à s’affronter pour récupérer un peu de ce qu’elles ont perdu avec la réforme Vallaud-Belkacem. Blanquer entend aller encore plus loin en laissant entendre que les classes bi-langues supprimées par Vallaud-Belkacem “pourraient” être restaurées… en prenant sur ces mêmes marges! Le rôle du syndicat, c’est d’organiser le combat uni et national de tous les enseignants pour obtenir les postes et les moyens nécessaires: le projet de décret Blanquer, c’est l’exact contraire! Comment la direction du SNES a-t-elle pu s’abstenir sur ce projet?

Plus encore, Blanquer a annoncé une contre-réforme du baccalauréat dont les objectifs sont cousus de fil blanc – à tel point que même une publication proche du SGEN-CFDT, le Café pédagogique, l’a souligné: il s’agit de liquider le statut du baccalauréat comme premier grade universitaire, ouvrant aux bacheliers le droit de poursuivre leurs études dans la filière de leur choix. C’est l’objectif sur lequel Devaquet s’est cases les dents en 1986, celui que Fillon a dû abandonner en 2005. Dans la presse du SNES: pas un mot pour dénoncer cette offensive!

Ainsi, à tous les niveaux, le “dialogue social” sur les projets du gouvernement Macron-Philippe aide ce dernier à avancer à grande vitesse. Mais le gouvernement avance sur deux jambes: en parallèle au “dialogue social”, il y a la matraque, la répression, l’offensive frontale contre les libertés démocratiques et la marche accélérée à l’Etat policier.

Le gouvernement vient ainsi de prolonger une fois de plus l’”état d’urgence”. Mais à vrai dire, son projet de “loi anti-terroriste” pourrait rendre d’autres prolongations à l’avenir. En effet: ce projet ferait passer dans le droit commun la plupart des mesures dites d’”exception” et les pouvoirs extraordinaires attribués à la police. Ainsi, les policiers pourraient perquisitionner ou assigner à résidence n’importe qui sans même avoir à passer par un juge pour ce faire – c’est-à-dire de manière immédiate. On n’est vraiment pas très loin des mesures employées par Mohammed VI pour incarcérer les dirigeants des manifestations populaires qui secouent actuellement le Rif marocain! Et précisément: même des organisations telles que la LDH ou Amnesty International soulignent que l’immense majorité des mesures prises l’ont été contre des militants syndicaux ou politiques.

Ce qui est menacé, c’est le droit de manifester, c’est le droit de grève, c’est le droit de se réunir et de s’organiser pour les travailleurs et la jeunesse. Pour le gouvernement Macron-Philippe, il s’agit d’interdire par avance que les travailleurs et la jeunesse ne s’engagent pour défendre leurs acquis et leurs droits élémentaires face à l’offensive qui se prépare. Le vote du projet de loi « anti-terroriste » signifierait le passage immédiat à l’Etat policier en France.

La direction de la FSU doit cesser de soutenir ce gouvernement en participant aux « concertations » sur sa politique ultra-réactionnaire. La première responsabilité de la FSU, c’est aujourd’hui de se prononcer clairement pour le retrait du projet de loi « anti-terroriste », et d’appeler à l’unité la plus large avec les autres organisations syndicales pour ce faire.